6
Premier contact

Amos avait bien fait de suivre son intuition en prenant les documents dans les bateaux, car il avait maintenant entre les mains une série de cartes, de plans et de notes, souvent rédigés dans une langue incompréhensible, mais dont les dessins procuraient de bons repères pour s’orienter. Le porteur de masques et son dragon s’étaient posés sur un rocher émergeant au large de l’île, et examinaient un des schémas nautiques avant de poursuivre leur route.

— Tu vois, Maelström, commença Amos en lui indiquant un tout petit point sur la carte abîmée, je crois que nous sommes précisément ici.

— Si c’est le cas, nous ne sommes pas à la veille de toucher le continent ! s’exclama le dragon. Te rends-tu compte que la distance à parcourir, seulement pour atteindre la première île, est phénoménale ? Je ne tiendrai pas dans les airs jusque-là ! Il me faudra prendre au moins une pause et je ne vois aucun endroit sur cette carte pour atterrir quand ce sera nécessaire.

— C’est vrai que la distance est importante…, murmura le garçon en réfléchissant. Mais nous pourrions accélérer notre vitesse grâce à mes pouvoirs sur le vent… Qu’en penses-tu ?

Le dragon perçut soudainement une odeur familière et leva la tête pour mieux humer.

— Ça sent le cheval ! lança-t-il en scrutant le ciel.

— Tu divagues, Maelström, répondit Amos en riant. Nous sommes à mille lieues de toute terre et il n’y a pas de chevaux ici, c’est tout à fait impossible.

— Nous serons bientôt fixés. L’odeur se rapproche… Oui, c’est ça… Elle est de plus en plus forte.

— D’où vient-elle ?

— Tu vois le gros nuage, au-dessus ? Eh bien, c’est…

Maelström s’arrêta lorsque de grands chevaux blancs aux larges ailes émergèrent du nuage. Il y avait une bonne dizaine de pégases qui volaient en formation serrée, chacun monté par un cavalier.

— Euh… que fait-on ? demanda le dragon, saisi par ce qu’il voyait.

— En tout cas, je crois que nous ne devrions pas nous faire remarquer tout de suite, suggéra Amos. Viens ! Cachons-nous sous l’eau !

— Mais je nage très mal, Amos, tu le sais bien…

— Tu n’auras qu’à t’accrocher au récif. Vite, Maelström, les pégases approchent !

— Non… je t’assure… je ne peux pas… j’ai peur de l’eau… Je le jure, je ne peux pas !

— D’accord ! D’accord !! fit le garçon, un peu exaspéré. Alors, couche-toi sur la pierre et ne bouge pas. Surtout, aucun mouvement !

Maelström obéit promptement. Ensuite, en utilisant ses pouvoirs sur la terre, Amos transforma la peau du dragon en un calcaire dont la couleur se fondait avec celle du récif, après quoi, sans plus tarder, il plongea dans l’eau. En espérant que les cavaliers qui les survolaient n’y verraient que du feu, il brouilla la surface pour mieux se dissimuler et attendit que l’escadrille passe. Capable de respirer sous l’eau grâce à son contrôle des éléments, le porteur de masques resta ainsi jusqu’à ce que l’ombre des cavaliers aériens eût disparu, puis il remonta à la surface.

Sur le rocher, le dragon ne prit aucun risque et demeura immobile jusqu’au moment où Amos vint annuler le sort de camouflage.

— Ça va, Maelström. Allez, viens et dépêche-toi. Nous allons les suivre !

— Les suivre ? Tu crois que c’est une bonne idée ? lança la bête de feu, perplexe.

— Ça peut en être une excellente même ! Cette patrouille aérienne nous conduira vers le continent, j’en suis certain !

— Alors, ne perdons pas de temps, répondit Maelström en déployant ses ailes. Je volerai assez loin derrière, et légèrement au-dessus d’eux. De cette façon, nous limiterons leurs chances de nous apercevoir.

— Excellent ! s’exclama Amos en grimpant sur la selle. Ne perdons pas de temps, ils avancent vite.

— Procure-moi un bon coup de vent pour décoller. Cela m’aidera parce que j’ai trop peu d’espace pour prendre un bon envol.

Aussitôt la demande formulée, une forte bourrasque s’engouffra sous les ailes de la bête qui se vit d’un coup propulsée dans les airs.

— Continue ! cria le dragon. Nous prendrons de l’altitude plus rapidement !

En quelques petites minutes et avec l’aide d’Amos, Maelström se positionna à bonne distance derrière les pégases. Le garçon sortit alors sa lunette d’approche et observa avec attention les cavaliers. À sa grande surprise, il remarqua que c’étaient non pas des hommes mais bien des femmes qui chevauchaient les bêtes volantes. Elles possédaient toutes un bouclier qui semblait léger et en forme de demi-lune, en plus d’une longue lance qu’elles tenaient d’une main. Dans leur dos, un arc et un carquois de flèches et, à leur ceinture, une imposante hache à deux tranchants s’ajoutaient à leur armure en cuir épais. Amos avait beau ajuster sa lunette, il lui sembla que chacune de ces guerrières n’avait plus de sein droit.

— Et puis ? lui demanda le dragon dont l’odorat était plus développé que la vue.

— Ce ne sont pas des hommes mais des femmes, Maelström ! lui répondit Amos. On dirait des walkyries mais, contrairement aux guerrières vikings, elles sont moins robustes et ne portent pas de casque de métal ni d’armure de mailles. Elles n’ont pas les cheveux tressés non plus… De plus, écoute ça, ces cavalières n’ont pas de sein droit !

— Toutes ? C’est étrange… D’après toi, y aurait-il une bonne raison à cela ?

— Oui, probablement pour mieux tirer à l’arc ! supposa le garçon en les observant toujours. Nous devons être très prudents, car elles doivent être de fameuses guerrières. Juste à leur façon de diriger leur monture, on voit bien qu’elles ont été formées pour combattre.

Deux cavalières se détachèrent de la formation aérienne, l’une vers la gauche, et l’autre vers la droite.

— Mais où peuvent-elles bien aller ? lança Maelström en les suivant du regard. Il n’y a même pas de terre en vue !

— Mauvaise nouvelle ! s’écria Amos. Nous avons été repérés ! Prends garde, car je présume qu’elles vont nous prendre à revers. Regarde, il y en a encore deux qui viennent de quitter leur formation !

— Nous nous défendrons, Amos ! je peux facilement en griller deux à la fois d’un seul souffle !

— Non, attends… Ne les combattons pas, répondit le porteur de masques en sortant ses oreilles de cristal de son sac. Elles pourront peut-être nous aider pour rejoindre le continent ! Nous avons besoin de nous en faire des amies, pas des ennemies !

— Et que comptes-tu faire pour y arriver ?

— Jouer la corde de l’étrange et de l’insolite, Maelström ! Mais je n’ai pas le temps de l’expliquer maintenant… Alors, en attendant, sois souple et joue le jeu, d’accord ?

— À tes ordres, grand frère ! J’ai l’impression qu’on va bien s’amuser !

Comme l’avait deviné Amos, les cavalières du ciel ne tardèrent pas à les encercler. Assise le dos bien droit sur son pégase, l’une d’entre elles fit un geste du bras pour ordonner au garçon de les suivre. Ce dernier, qui avait eu le temps de mettre ses oreilles de cristal, acquiesça à sa demande d’un signe de la tête. Deux autres cavalières s’approchèrent alors et passèrent au cou de Maelström une chaîne longue et robuste. Vexé de se voir traité comme un animal, le dragon ne trouva pas ça drôle du tout et grogna en montrant les dents. Amos le calma rapidement en lui rappelant l’importance de se prêter au jeu pour l’accomplissement de leur mission. Toujours contrarié, Maelström soupira, mais se résigna à se laisser enchaîner.

Après deux bonnes heures de vol, le porteur de masques aperçut enfin une structure au beau milieu de l’océan. En approchant un peu plus, il distingua nettement une colossale tour de pierre qui séparait l’horizon en deux et dont les fondations étaient sous l’eau. Parfaitement cylindrique, elle était parsemée de grandes portes d’arche munies de herses et donnait sur d’immenses balcons. À son sommet, des ailes de moulin à vent tournaient à plein régime.

En arrivant à proximité de la tour, Amos vit, par des ouvertures, des écuries où s’affairait du personnel et où se reposaient, chacun dans leur stalle, des dizaines de pégases. Il remarqua aussi que tous les postes semblaient occupés par des femmes. De palefrenières à guerrières, de toute évidence, il n’y avait pas de place pour un homme dans cette tour.

« Il me faudra être très prudent, pensa-t-il en s’assurant que ses oreilles de cristal étaient stables. Les hommes ne semblent pas avoir une grande place ici ; il faudra que je sois habile pour dévier leur attention sur autre chose. Avec mes oreilles de cristal, je comptais jouer l’étrangeté, mais je devrai pousser mon personnage beaucoup plus loin. »

Toujours guidés par la cavalière en chef, la troupe et les prisonniers atterrirent sur l’un des nombreux balcons de la tour. La herse s’ouvrit lentement après que l’on eut ordonné à Amos de descendre de sa monture. Le garçon s’exécuta, mais, chose étrange pour son entourage, dès qu’il posa le pied par terre, une fumée commença à émaner de son corps. Les guerrières, craintives, reculèrent de quelques pas. Se conformant aux règles du jeu d’Amos, Maelström se racla la gorge et fit sortir de sa gueule quelques bouffées de gaz qui s’enflammèrent au contact de l’air.

Embarrassées, les guerrières attachèrent le dragon au balcon, puis l’une d’elles fit signe à Amos de la suivre à l’intérieur. Sans discuter, le garçon lui emboîta le pas en laissant échapper, de temps en temps, de longues flammes bleues, vertes et jaunes le long de ses membres. Aussitôt qu’ils furent près d’un escalier, une escorte de femmes robustes le conduisit à une grande guerrière au corps fin et allongé. Elle portait un casque de cuir orné de deux ailes de colombe blanche et un impressionnant trousseau de clés.

Au dernier étage du bâtiment, celle qui semblait être la gardienne des clés ouvrit une porte et fit entrer Amos dans une salle complètement dépourvue de fenêtres et de meubles, sans la moindre décoration. Le porteur de masques remarqua seulement que des torches éteintes étaient accrochées au mur et, grâce à ses pouvoirs sur le feu, il se fit un malin plaisir de les allumer toutes en même temps. La réaction fut unanime : toutes les guerrières présentes sursautèrent ! La femme au casque ailé poussa même un petit cri aigu en laissant tomber son impressionnant trousseau de clés.

Cependant, dès que la surprise fut passée, toutes se retirèrent en prenant soin de refermer la porte derrière elles. Amos entendit le bruit des pas s’éloigner dans l’escalier.

« J’ai le pressentiment que je ne resterai pas seul longtemps, songea-t-il. On reviendra sans doute m’interroger bientôt… Je dois réfléchir à une belle mise en scène… »

Le garçon s’appuya sur l’épaisse porte en bois renforcée de goujons de fer, puis il se concentra sur le masque du feu. Dans l’intention d’impressionner ses hôtesses, il calcina en moins d’une minute la porte qui s’effrita et dont seul le bruit des charnières dégringolant l’escalier de pierre eut tôt fait d’alerter les guerrières. Au lieu de s’enfuir, Amos s’assit au centre de la pièce en position de méditation, puis il forma un cercle de feu sur le sol, autour de lui. Il demeura ainsi, sans bouger, jusqu’à ce que la délégation de cavalières stupéfaites réapparaisse dans le cadre de la porte.

Lorsque, les paupières closes, le porteur de masques sentit leur présence, il se leva lentement, puis, d’un mouvement de bras très théâtral, il éteignit le feu sur le plancher. Seules les torches au mur demeurèrent allumées. Il invita ensuite les femmes à pénétrer dans la pièce.

Une dame plus âgée qui portait une robe longue blanche s’avança la première. Ses longs cheveux poivre et sel relevés en chignon, elle brandit vers le visage du garçon un pendentif de cristal et prononça une formule incantatoire incompréhensible, tellement son débit était rapide. Puis elle s’arrêta pour reprendre sa respiration.

— Qui es-tu et d’où viens-tu, créature de feu ? demanda-t-elle ensuite en articulant exagérément.

— Je me nomme Morkus Grumson, mentit Amos en se rappelant l’élémental du feu qu’il avait rencontré au cours de son expédition à la tour d’El-Bab. Je suis un esprit du feu !

— Tu parles bien notre langue, esprit du feu ! lui déclara la femme, étonnée. Et mon pendentif me dit que tes intentions ne sont pas belliqueuses. Dis-moi, pourquoi es-tu ici ?

— Je suis ici, dans votre tour, parce que les vôtres m’y ont amené, répliqua le garçon avec une pointe d’ironie. Alors, madame, ce serait plutôt à moi de vous demander ce que je fais ici et pourquoi on me détient entre ces murs.

— Nous sommes des amazones, jeune homme. Nous sommes actuellement en guerre et tu étais sur notre territoire sans autorisation. Dis-moi, lorsqu’on t’a capturé, où allais-tu donc, créature de feu ?

— J’allais porter secours à une jeune fille, répondit Amos avec franchise cette fois. Elle est en grand danger et je lui apporte des pierres magiques qui pourront la protéger.

— Quel est son nom et où se trouve-t-elle ?

— J’ignore encore son nom et je ne l’ai jamais vue non plus. Tout ce que je sais, c’est qu’elle a besoin de moi. J’ai fait un long voyage jusqu’à maintenant et il est impératif que je trouve cette jeune fille. Croyez-moi, ce n’est pas votre territoire ou votre peuple qui m’intéresse, je cherche seulement à faire mon devoir.

La femme au pendentif recula pour se pencher vers l’oreille de la gardienne des clés.

— Tu crois qu’il parle de Tserle ?

— On dirait. S’il pouvait nous en dire un peu plus…

L’amazone réfléchit quelques secondes, puis revint à Amos.

— Bien. La forme particulière de tes oreilles m’indique que tu n’es pas de notre race, mais tes intentions semblent nobles envers notre peuple. À travers mon prisme, je vois que tu nous as dit la vérité, mais je constate aussi que tu caches volontairement certaines informations. Parle-moi un peu de cette jeune fille que tu dois aider ?

— Je répète que je ne la connais pas, car je ne l’ai jamais vue. Par contre, je sais qu’elle doit avoir de grands pouvoirs sur les éléments. Elle sait contrôler le vent, l’eau et le feu, mais sa maîtrise de la terre reste à parfaire.

— C’EST TSERLE ! IL PARLE DE TSERLE ! IL EST ICI POUR VENIR EN AIDE À TSERLE ! s’exclama la gardienne des clés en tombant à genoux et en pleurant de joie. C’est ma jeune sœur que tu cherches, esprit du feu ! Sois le bienvenu ! Je t’indiquerai où la trouver !

— Un instant ! s’écria la vieille amazone. Qui nous dit que ce n’est pas un espion ? Ce ne serait pas la première fois que les dieux tenteraient de nous piéger ! Je sens trop que cet esprit du feu nous cache quelque chose d’important et je veux éclaircir cette zone obscure avant de lui révéler quoi que ce soit ! Alors, tiens ta langue, Gœsje, et calme-toi !

La gardienne des clés demanda pardon à sa maîtresse pour son enthousiasme immodéré et reprit sa position derrière elle en baissant la tête en signe de soumission. Les deux ailes blanches de son casque de cuir tombèrent un peu sur son visage, laissant toutefois paraître une larme naissante au coin de son œil.

— Est-ce là tout ce que tu as à nous dire, Morkus Grumson ? demanda la femme en robe blanche. Ne devrais-tu pas t’ouvrir et révéler le secret que tu nous caches ?

Amos se dit qu’il valait mieux ne rien dire sur sa véritable identité de porteur de masques. Cette vérité engendrerait inévitablement d’autres questions sur sa provenance, sa mission et ses intentions. Pour Tserle, la jeune porteuse de masques, le temps était compté et le garçon ne devait pas prendre le risque de perdre ce précieux temps en se soumettant à un long interrogatoire inutile.

— Vous savez la vérité sur la mission que j’ai à accomplir et sur mes intentions, répondit-il. Pour des raisons que je n’ai ni le temps ni l’envie d’expliquer, la zone obscure que vous percevez ne vous sera pas révélée. Maintenant, je vous saurais gré de me laisser poursuivre ma route.

— Et si nous décidions de te garder afin de te faire parler davantage ?

— Alors, vous m’obligeriez à réduire votre magnifique tour en cendre.

— C’est tout ? Rien que cela ? demanda en s’esclaffant la femme qui semblait être sincère.

Amos posa sa main sur le sol et, grâce au masque de la terre, il ordonna à la pierre de se désagréger précisément sous les pieds de l’amazone qui ricanait toujours. Celle-ci eut à peine le temps d’exprimer sa surprise qu’elle disparut dans l’ouverture improvisée et tomba avec fracas sur le plancher de l’étage inférieur. Par le trou au-dessus d’elle, le garçon la regarda tenter de se relever en jurant comme une forcenée.

— Oui… comme vous l’avez dit, « rien que cela », fit Amos en lui souriant lorsqu’elle parvint à se calmer un peu.

— Tuez-le ! hurla l’amazone, de nouveau furibonde. C’est un espion des dieux ! TUEZ-LE !

— Vous venez de commettre une grave erreur, madame, soupira le porteur de masques.

 

La fin des dieux
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